Ab-sens

Bentham J.

Utilitarisme

Nihilisme

Shakespeare W.
Nietzsche F.

Nihilisme

Camus A.

Existentialisme

Zep

Titeuf, le sens de la vie

Monty Python

The Meaning of life

"Traverser"

Depardon R.

DéfinItion

Athina  P. - Professeur des écoles du District Régional de Thessalonique, réagit à la notion d'ab-sens

L'absence d'utopie communautaire, l'absence de valeurs individuelles, l'absence de sens commun, seraient des éléments définissant nos sociétés occidentales actuelles.  Ce florilèges d'absences serait le produit d'une société ayant acquis la pleine conscience que l'attente d'un sauveur ou le sacrifice au bien commun, seraient des valeurs dont l'Histoire auraient révélé leur profonde absurdité.

Dans l'absence, les sujets ne sont pas niés, ni définis comme vides de sens. Personne ne tourne en ridicule ni le besoin d'utopie, ni les valeurs individuelles, ni le sens commun. Les sujets sont devenus  simplement éloignés, inaccessibles dans la conformation actuelle de la société...

Si la connaissance et la pleine conscience d'une société mène à ce vide sidéral, qu'en est-il au niveau de l'individu composant ces sociétés ? 

Comment aujourd'hui aborde-t-on  la notion d'absence de sens de notre propre existence ? Jusqu'où est-on apte à oublier notre individualité pour contrer l'absence de sens de la vie ? Comment trouver du sens dans un univers qui en semble totalement dépourvu ? Pourquoi vivre alors que tout meurt ?

Autant de questions que la disparition des religions ou des utopies communautaires laissent douloureusement réapparaitre.

Enjeux

Au final, la proportion des patients venant consulter un psychanalyste avec l'espoir de réduire le vertige de l'absence de sens de leur propre vie est impressionnante. Bien au-delà des névroses du quotidien, cette problématique hante la très grande majorité des esprits.

Ce constat n'est pas nouveau, il suit l'homme occidental au moins depuis l'Antiquité. Nous pouvons retrouver des compensations à ce vertige dans les religions péri-méditerranéennes ou certaines sociétés plaçant le rôle du guide suprême au centre de la dynamique communautaire. L'enjeu sociétale et la discipline individuelle en découlant est majeur. Il se construit autour de l'idée que le passé et le présent sont une préparation à l'avenir.

On parle alors autant de "lendemains qui chantent", de prophètes annonçant l'éradication d'une partie de l'humanité boiteuse, de précurseurs prêchant la venue d'un Berger ou d'un Royaume de lait et de miel. 

On parle aussi de période d'austérité préparant un avenir économique plus grand, plus beau, plus fort.

On parle aussi des temps passés où tout était forcément mieux en comparaison d'un monde actuel marchant sur la tête.

L’enjeu thérapeutique est central : si tout était mieux avant ou que tout sera mieux après, où est le plaisir à vivre ici et maintenant ? Pourquoi ne pas recréer individuellement les conditions d'un Age d'Or personnel ? Pourquoi accepter de grandir ? Pourquoi ne pas échanger notre liberté individuelle dans laquelle nous nous empêtrons pour un libre-arbitre offert par un Sauveur, un Grand timonier ou un Pater Familias qui a des couilles et sait investir l'argent du ménage ?

Face à l'absence de sens, la direction du courant majoritaire est au minimum salutaire et plus usuellement la certitude d'être reconnu par les pairs ou de ceux dont nous voulons nous distinguer.

 

Au final, l'enjeu thérapeutique est assez clair et pourrait se synthétiser sur l'idée que naturellement (ou actuellement ?) l'instinct ne nous guide pas vers ce qu'il faudrait faire mais vers ce qu'il serait immédiatement utile à faire et que les traditions, en tant que digestion et organisation des expériences communes, ont laissé le pas à l'empirisme individuel perpétuellement en tentative d'adaptation "à ce qui nous arrive".

Face à ce vertige, plusieurs types de compensations sont immédiatement efficaces en détournant le regard des enjeux de l'absence manifeste de sens vers les enjeux plus constructifs de l'engagement :

  • le développement de l'altruisme, dans le sens où rendre plus beau le monde, lui donner nous même un sens permet de donner un sens à notre propre existence.

  • le dévouement à une cause, qu'elle soit familiale, sociale, communautaire ou professionnelle : se saouler de vie, dans le sens où l'ivresse détourne ou apaise la névrose initiale.

  • la créativité, comme énergie du désespoir des individus ayant réellement expérimenté l'horrible absence de finalité de la vie, l'absence de conservation de l'expérience d'une génération sur l'autre, le "non-sens cosmique"... Une hyperconscience du ridicule de l'existence.

L’enjeu psychanalytique tourne autour du temps libre.

Si le monde est absurde, comme le soulignent Camus et Sartre, que faire après ce constat ?

Que faire de ce temps libéré de la chasse au sens ? Je reste là à me morfondre regrettant mon moi d'avant ou j'en profite pour sculpter mon existence à mon sens ?  

 

Libre, qui suis-je maintenant, qu'étais-je vraiment avant ?

Les clefs d'analyse de l'ab-sens, de l'absence de sens de l'existence et de l'appropriation subjective du vertige sont les suivantes :

  • une clef  téléologique, c'est à dire "où va l'existence ?". Il est aisé de soulever les questionnements relatifs à la fuite de la conscience d'exister, du vol ou du viol de notre propre existence.

  • une clef sémiologique, c'est à dire "que signifie faire sens à l'existence ?". Ici "sunt dracones", c'est le lieu de toutes les chimères, des grandes absences et les miroirs de nos propres vertiges.

  • une clef axiologique, c'est à dire "que vaut l'existence ?"... pourquoi vivre, pourquoi ne pas "suicider l'Autre" ? Franchement si l'existence est par essence une absurdité, ça sert à quoi de s'échiner à vivre ou à aider à vivre ? Ne peut-on pas vivre simplement sans exister ?

  • une clef ontologique, c'est à dire "d'où vient l'existence ?"... là encore, la question de l'absurdité de l'existence est centrale. Si l'existence est par essence une absurdité, qu'est-ce qui provoque l'existence ? Est-elle un but en soit, un accident, un média ou un miroir pour autre chose ? 

Application

Le travail de Raymond Depardon est de nouveau un excellent support à l'application didactique. Cette photographie datée de 2000 est nommée "Rue Henri-Barbusse, Paris Ve". Elle est exposée actuellement entre Mai et septembre 2018 à L'Espace Lympia et la Fondation Henri Cartier-Bresson à Nice. 

Si nous prenons le parti que l'Etre, doué d'existence, est nous. Que cet Etre, deconnecté de l'Autre,  est dans une pièce sombre et close,  face à ce double interrupteur fixé au mieux contre un mur. que ce mur soit à peine éclairé sur le dessus par une lumière provenant d'un vasistas loin derrière l'Etre :

  • "Téléologie": Où va l'existence ? Où vais-je ? Pour sortir d'ici j'ai besoin de deux choses : déverrouiller une porte et avoir assez de lumière pour m'y diriger. Mais je pourrais également rester ici et jouir de ce petit rayon de soleil qui me chauffe le dos dans cette pièce grise et glaciale. La perception de la différence entre deux extrêmes est souvent plus jouissive que d'être écrasé de bonheur solaire. Où va l'existence, mon Etre ? C'est d'abord la conscience un choix perceptif, la mise à disposition de moyens . C'est donc une volonté d'action ou d'inaction. Au fond, bouger ou ne pas bouger, j'aurais toujours l'agréable sensation du soleil. Je l'aurai soit dans cette pièce, distillé dans le dos, soit à m'y noyer dehors. A moi d'en doser mon plaisir et d'agir en fonction.

  • "Sémiologie" : Faire sens à l'existence. Quel est le sens de mon Etre ? Ai-je tant besoin de lumière que je veuille me déplacer à l'extérieur ou ce que j'ai est-il déjà bien assez ? C'est l'action ou la non action sur ces deux boutons qui fera sens à mon Etre en tant qu'existant.

  • "Axiologie" : Que vaut l'existence ? Franchement, ça servirait à quoi de décider de rester ou de sortir ? L'amplitude de mon bonheur à être changera-t-il quelque chose à mon devenir ou au devenir du contexte dans lequel j'évolue ?

  • "Ontologie" : D'où vient l'existence ? D'où vient mon Etre actuel ? Qu'est-ce que j'étais avant d'être enfermé dans cette pièce ? Pourquoi y suis-je d'ailleurs ? Est-ce que ce que j'étais avant est la cause d'être ici là et maintenant ? Suis-je là par hasard, par erreur, par méconnaissance, par injustice, par justice ?

Rue Henri-Barbusse, Paris Ve. - 2000

Raymond Depardon -

Enjeux psychothérapeutiques :  L'instinct et la tradition font défaut de direction? Sur cette photographie, le confort et l'utilité du rayon de lumière dans cette pièce sombre et froide sont évidents. Mais le rayon n'éclaire pas suffisamment pour permettre à l'Etre de se diriger vers l'extérieur ou ouvrir la porte.

Enjeux psychanalytiques : que faire de ce temps libéré des croyances communautaires, culturelles et sociales ? Comment aborder le vertige de l'absurde ? 

bien que cette pièce soit minimaliste, elle reste un bocal suffisamment utile et confortable. En choisissant d'appuyer sur le bouton "LUMIERE" et nous éclairer de nous-même, si nous choisissons d'appuyer sur le bouton "PORTE" pour nous diriger au-delà de cette pièce, le supportera-t-on ? A-t-on besoin de s'y préparer ou est-il préférable de se jeter dans le vide ?

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