A Priori...

L’un des reproches majeurs de la Psychologie envers la Psychanalyse est son manque de scientificité.


Entendre là que la Psychanalyse fait référence à certains schémas psychiques bâtis sur des a priori non mesurables statistiquement.


Sont pointés du doigt particulièrement l’appel de Freud aux notions telles que l’originel Meurtre du Père et s’en suivant le Banquet Cannibale des Fils, ou la prégnance de la tragédie œdipienne.


Certains autres schémas plus récents issus de prises de postures historicistes sont pris à parti, telle l’affirmation de l’architecte-psychanalyste Olivier Marc déterminant ce qui a bien pu pousser l’Homme hors de ses cavernes originelles : « Parce que au sein de ces cavernes vivait une « humanité » en gestation qui se modelait lentement sous la poussée de la conscience pour bientôt naitre à l’histoire. Cette conscience apparaît alors comme une pulsion de vie aux contours imprécis qui secrète son enveloppe pour lui permettre de prendre forme, sorte de coquillage animé dont l’humanité serait la coquille révélatrice. Et cet homme nouveau, mû par un organe nouveau, intériorisé et subtil, va devoir surgir de la terre pour affronter l’univers. » (Marc, 1972, p. 19). Pour la Psychologie, cette histoire d’une origine de l’humanité mue par une « pulsion de vie » poussant à la construction des premières maisons est non-scientifique, non quantifiable, non vérifiable. Et par voie de conséquence n’est pas apte à exprimer un comportement humain, ni à le généraliser dans le temps et l’espace.


Pourtant, au final, la vraisemblance de telle ou telle scène issue de la mythologie, des théories paléoanthropologiques et l’universalité de leurs conséquences ne sont pas le réel problème. D’un côté, on pourra toujours argumenter du fait que la mythologie a valeur didactique sur la transmission de certains tabous ancestraux… et que ça fonctionne. De plus, on pourra toujours argumenter que la grotte précède la hutte… et que c’est scientifiquement prouvé. De l’autre, qu’un résultat scientifique n’est que temporaire et ne reflète que l’état de la recherche, qu’il est donc impossible d’interpoler à partir des résultats actuels le comportement humain tout le long de son histoire.


La question serait plutôt une superposition de deux états opposés…


Dans l’hypothèse où l’Homme doit sa survie à sa capacité d’adaptation :

  • Un objet psychique (inceste, dépassement du Père, Œdipe …) peut se retrouver dans un certain contexte géographique ou historique contreproductif à la survie (voir Lot et ses filles). Il peut donc s’effacer ou tomber en désuétude. A partir de quand et comment les traces de cet objet initial disparaissent-elles totalement ?

  • A l’échelle du patient en psychanalyse, l’oubli ou l’adoption de nouveaux schémas psychiques participe-t-il à l’adaptation / inadaptation à son biotope ? Si oui, ceux oubliés sont-ils déjà réellement tombés en totale désuétude ? Ou sont-ils en mourance ? Pour ceux adoptés, dans quelle mesure sont-ils réellement adoptés ?

  • A l’échelle du psychanalyste, cet état permet d’engager un cheminement axé sur une analogie avec l’ontophylogenèse, rejetant tout déterminisme et tenant compte des tendances « innées » ou communautaires modelables tout au long de l’histoire du patient.

Dans l’hypothèse où l’Homme serait bénéficiaire, ou l’objet, d’un destin sur-humain, d’un déterminisme… dont le garant serait une forme cadrant la « nature humaine » :

  • Sous cet angle seulement il serait envisageable de maintenir une totale généalogie des comportements fondamentaux de l’Homme. Dans ce cadre la valeur didactique de la mythologie, la vraisemblance de la Horde Primitive de Freud ou la caverne primordiale de Marc peuvent développer efficacement toute leur puissance.

  • A l’échelle du patient en psychanalyse, il s’offre à son besoin de fixer, d’inscrire, d’historier ses choix et ses tendances. Il peut alors élaguer cet arbre généalogique, redresser l’équilibre général et s’offrir une forme plaisante.

  • A l’échelle du psychanalyste, cet état permet d’engager un cheminement axé sur le déterminisme. Convaincu qu’il soit impossible de changer la structure du patient et que les preuves intimes du déterminisme construisent ce dernier, il devient alors le chasseur des échos des accidents psychiques conformant l’arbre généalogique de son patient.


La psychanalyse comme vous l’aimez ? … Oui.


Crédit photographique : http://obcyastronom.soup.io/post/257365836/THE-INCREDIBLE-FREUD

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