Heureux le Névrosé qui comme Ulysse …

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,

Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,

Et puis est retourné, plein d'usage et raison,

Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Joachim du Bellay (1522-1560)


Douce France

Cher pays de mon enfance

Bercée de tendre insouciance

Je t´ai gardée dans mon cœur

J´ai connu des paysages

Et des soleils merveilleux

Au cours de lointains voyages

Tout là-bas sous d´autres cieux

Mais combien je leur préfère

Mon ciel bleu mon horizon

Ma grande route et ma rivière

Ma prairie et ma maison.

Charles Trenet (1913-2001)


Heureux qui comme Ulysse

a fait un beau voyage

Heureux qui comme Ulysse

a vu cent paysages

Et puis a retrouvé

Après maintes traversées

Le pays des vertes années

Georges Brassens (1921-1981)


Quatre siècles séparent ces trois monuments de la langue française et illustrent la permanence la semperinité d’une sensation particulière. Tous les trois chantent le bonheur du retour au pays de mon enfance, les yeux remplis des paysages d’ailleurs et le cœur plein d’usage et de raison. Ce retour au pays des vertes années est loin d’une retraite bien méritée, il serait plutôt à penser comme la fin d’une boucle enrichie de la confrontation avec l’Autre, comme Etranger à l’Autre. Et la fin d’une boucle en suggère une nouvelle …

Nous sommes là, bien loin de la nostalgie morbide d’Enée se souvenant de Troie … consumée sous les flammes, banni et errant en perpétuel étranger à la ville de ses vertes années, déraciné sans espoir de retour, sans espoir de boucler la boucle.

Ce qui marque de Joachim du Bellay à Georges Brassens est donc :

  • dans un premier temps, une thésaurisation d’expérience, c'est-à-dire la maîtrise de sa propre étrangeté à l’Autre, ou bien encore la capitalisation de la distance entre Ce-que-je-suis et l’Autre. L’Autre est vu ici comme contexte, paysage ou personne.

  • Dans un second temps, la conscience que nos Pairs nous perçoivent avec une plus-value.

Cela se traduit par la possibilité à offrir son expérience au Pair afin que ce dernier puisse s’enrichir, ou bien juger de retenir l’accès à son expérience car cette dernière n’est pas adaptable au Pair. Le plaisir ici étant dans la faculté à exprimer ou intérioriser l’expérience thésaurisée, sur le lieu même de son enfance … pour ne pas dire sur son « petit-pot » …

Il en va de même pour la névrose personnelle. Nous avons défini dans le billet « Quantique pour Lucy » que la névrose est définie par la conscience intime de la distance séparant un état d’être et un positionnement du vouloir être.

Cette distance est celle qui rend possible le voyage entre [Ce-que-je-suis – L’état d’être] et [L’Autre – Ce-que-je-voudrais-être].

Nous avons défini qu’oser faire ce voyage engageait deux familles de bénéfices :

  • La capitalisation d’expérience, donc l’amplitude du Ce-que-je-suis

  • Ayant fréquenté de près l’idéal du Ce-que-je-voudrais-être, une plus-value face à ses Pairs

Elle autorise de ce fait le plaisir du pouvoir [Extérioriser vs Intérioriser] dans le cadre de son propre biotope originel.

Oser faire ce voyage nécessite pourtant quatre conditions :

  • la volonté d’aller à la rencontre de [L’Autre – Ce-que-je-voudrais-être].

  • l’identifier le plus clairement possible… le reconnaître.

  • savoir dans quelle direction le chercher.

  • Avoir le désir du retour au [Ce-que- je-suis – L’état d’être]

La simple volonté de connaissance de sa propre névrose ne suffit pas. La connaissance ne peut-être que celle des autres. Il est nécessaire de cultiver la volonté de la rencontrer, d’en expérimenter les formes et les échos … la reconnaître dans tous ses masques du quotidien, l’accompagner avant d’apprendre empiriquement à la devancer, à la pister et enfin poser des collets.

Mais surtout, il est capital de cultiver un réel narcissime protégeant le Ce-que-je-suis et ainsi faciliter le retour à ce dernier, seul garantie pour ne pas sacrifier aux Sirènes narcissiques et lascives du Ce-que-je-voudrais-être.

Ce voyage est semblable à un épique retour de Croisade, nous en revenons avec les reliques de Saint-Ce-que-je-peux-être.

A nous de les déposer dans une belle église et en exploiter les vertus thérapeutiques.

Cette idée rejoint le Sur-humain, Der Übermensch, de Nietzsche. C'est-à-dire l’humain à l’existence transfigurée par l’expérience sans cesse renouvelée de son propre dépassement.


Maintenant, allez-vous oser faire rire votre psychanalyste en lui annonçant qu’il doit vous aider à devenir un Sur-Humain ?

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Pour en savoir plus sur la toile:

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