Janus - A propos de l’utilisation de sa représentation dans la psychanalyse existentielle.


Æ Aes Grave As (259.53 g). c 225-217 BC. Crawford 35/1; Vecchi 75

Il n’a échappé à personne que la figure de Janus préside à l’univers de la Psychanalyse existentielle, le moteur de ce site. Pourquoi utiliser ce symbole ? Quelle en est la portée ? Quelles en sont les limites ? Pourquoi ne le retrouve-t-on pas dans les cultures antiques autres que périméditerranéennes ?


Janus est, bien entendu, la divinité purement romaine, dans le sens où ses premières traces dans l’imaginaire romain sont associées à Romulus et Numa[1]. Elle est donc à considérer comme l’une des sources de notre propre imaginaire actuel. Cette figure symbolique est celle qui préside aux passages tant géométriques et topographiques qu’aux représentations de la linéarité du temps.


Le sanctuaire le plus célèbre est celui situé près du Forum, ses portes étaient fermées en temps de paix et ouvertes en temps de guerre pour permettre à la divinité de libérer ses pouvoirs au bénéfice des armées se battant pour Rome. Cette croyance remonte au tout début de l’histoire de Rome lorsque les Sabins voulant envahir la ville auraient été stoppés par une source d’eau bouillante provenant du sanctuaire originel.


Mais ses fonctions initiales étaient :

  • son influence sur la destinée des voyageurs, ceux qui partent et ceux qui reviennent. Ses sanctuaires ou ses lieux de recueillement étaient liés aux voies ou à leurs carrefours. Ils étaient bifrons ou quadrifrons, deux entrées-sorties ou quatre entrées-sorties, bifaces ou quadrifaces comme les représentations de Janus. Chacun de ces passages faisant aussi office de sortie et inversement. Tout dépendait du sens dans lequel on se déplaçait.

  • son influence sur le déroulé calendaire. Janus présidait non seulement à la toute fin et au commencement du mois, mais également de l’année. Le mois de janvier étant le mois de Janus.

Ce qui est à retenir est la notion de passage, l’instant de recueillement au seuil du temps et des espaces linéaires.


Les expressions « espaces linéaires » et « temps calendaires » sont essentielles ici et sont la structure même de l’esprit occidental. Elles seraient hors de propos dans une conception d’une culture basée fondamentalement sur le cycle et la non-préséance du temps de la matérialité. C’est le cas, par exemple, des temples japonais en bois dont l’existence n’est pas mesurée au travers de la longévité de l’édifice matériel mais par ses cycles de reconstruction. L’édifice actuel n’étant qu’un support contextuel à une idée originelle et fondatrice.


Ces expressions restent cependant particulièrement à propos dans l’évolution présente de notre pensée occidentale faite de zappings avant et arrière multipliés par des cheminements croisés multidirectionnels.


Pourquoi utiliser ce symbole ?

Parce qu’il synthétise la préséance du seuil et de l’étape, la seule matérialité dans une linéarité entre un temps d’avant et un temps d’après. Qu’il définit le présent en tant que passage entre le passé et le futur et inversement. Parce que le présent est censé être le moment de la pleine conscience et des carrefours permettant de se retourner et se projeter, de réécrire notre histoire et d’orienter notre avenir. Parce que ce présent et cet actuel sont les fondements même de l’ici et maintenant définissant l’essence de la psychanalyse existentielle.


Quelle en est la portée ? Quelles en sont les limites ?

Comme nous l’avons vu, les sanctuaires de Janus sont bifrons, quadrifrons… « plurifrons »… Ils sont particulièrement adaptés à notre pli de pensée occidentale cherchant en permanence le début, la fin et la direction des choses. Et ils le resteront tant que nous aurons besoin de nous reposer sur la matérialité des idées pour les vivre.


Pourquoi ne retrouve-t-on pas l’idée de Janus dans les cultures antiques autres que périméditerranéennes ?

Là, c’est un raisonnement par l’absence : cette linéarité du temps est calquée sur notre propre biologie. L’absence de la préséance d’un équivalent de Janus dans les autres sociétés antiques connues serait-elle l’indice que la corporéité était totalement secondaire ?

N’oublions pas non plus que dans les listes des dieux, Janus était toujours présenté en tête, avant même Jupiter.

[1] Pour une information exhaustive sur cette divinité voir : Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio, mis en ligne par l’Université de Toulouse — Jean Jaurès : http://dagr.univ-tlse2.fr/consulter/1783/JANUS/page_613


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