La fixation sur le nombril, un symptôme à détacher du lien maternel exacerbé


En retraçant la représentation du nombril depuis le Paléolithique, je constate un élément assez intéressant : autant le nombril est quasiment présent sur l’ensemble des représentations féminines, dites « Vénus », autant les détails du visage ou des mains sont très anecdotiques.


Statistiquement, le nombril tiendrait donc une place symbolique ou descriptive évidente. Il serait logiquement plus porteur de sens que les caractéristiques individualisant ces sculptures… En supposant que ces objets soient uniquement des objets à « voir ».


Je garde cependant à l’esprit l’hypothèse d’une tradition orale apte à restituer les éléments anatomiques graphiquement manquants.


Ce nombril féminin est présent sur les « Vénus adipeuses », mais il l’est également sur celles aussi sèches que l’os sur lequel elles sont gravées. De plus, il est présent tant sur les « Vénus » aux seins proéminents que sur celles n’ayant ni sein, ni téton.

Par conséquent, il ne serait donc pas systématiquement associé à une notion de morphologie suggérant directement la fertilité, la maternité nourricière ou une quelconque notion d’abondance…


Il est également à noter que, dans l’état actuel de la recherche, le nombril est absent des représentations masculines.


Aucune conclusion directe sur la vocation du nombril sur ces figures n’est donc pour le moment envisageable.


La seule hypothèse possible serait que cette « cicatrice » soit statistiquement indépendante des symboles de la fertilité féminine ou de la maternité.

N’étant présent que sur les représentations féminines, le nombril serait pourtant à relier à la fonction de parturition, d’enfantement.


Ceci nous permet de distinguer clairement la fonction d’enfantement de la notion de maternité. Ceci nous permet également de rappeler que l’idée d’instinct maternel n’existe pas (voir : http://www.lexpress.fr/styles/psycho/l-instinct-maternel-existe-t-il-vraiment_1838710.html.)


D’ailleurs qu’est-ce qu’une mère à l’époque du Paléolithique ou même du Néolithique ? Nous n’avons aucune donnée d’anthropologie sociale pour ces périodes.

Au niveau des outils de l’investigation psychanalytique, il serait donc inexact d’invoquer pour le nombril une quelconque notion phylogénétique le rattachant au rôle de mère, de maternité.


En conclusion, il serait stérile de placer « de toute éternité » sur le nombril un symptôme révélant un attachement exacerbé à la mère, ou même faire de lui le support de perception du manquement de cette dernière.


Note :

La plus ancienne des figurations de danseuses est actuellement «Fanny», une statuette en serpentine verte mise au jour en 1988 sur Galgenberg en Autriche et datant de 30 000 ans Before Present. A y regarder de près, il semble que le nombril soit légèrement figuré. La pose évoque une danseuse un bras en l'air, l'autre sur la bassin et le mouvement général exprime un déhanché. Essence de la femme, comme vous le soulignez. Aurions-nous ici la première danseuse «du ventre» ?





Crédit iconographique :

  • Vénus de Galgenberg


Pour aller plus loin :

  • Une présentation rapide et efficace des « Venus » et de l’art préhistorique est disponible à : http://www.hominides.com/html/art/figure-feminines-completes-art-prehistorique-perigord.php


  • Un bel article paru dans le volume Archéo.doct n°7 aux pages 171-192 - Oscar Fuentes : Image de soi en préhistoire, Essais sur les enjeux de la représentation humaine pour les sociétés magdaléniennes. http://books.openedition.org/psorbonne/4883?lang=fr#cite



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