Partie 1/5 (Te) Saxa loquuntur. Une analogie entre la psychanalyse freudienne et l’archéologie.

Mis à jour : 29 avr. 2018


Te Saxa Loquuntur au tunnel du Neutor

Un lapsus… bien pratique. Freud, l’archéologue de la psyché… ?


Dans le petit monde de l’archéologie française, un célèbre texte de Jean-Paul Demoule remémore l’attirance de Sigmund Freud envers l’archéologie.

On se souvient alors des nombreuses statuettes antiques peuplant la table de travail et les vitrines de Freud, de cette bibliothèque où l’actualité de l’archéologie avait une place prépondérante, des paraboles de la mythologie gréco-romaine traversant toute son œuvre, des émois de l’Homme Freud face à Rome ou Athènes.

On se souvient aussi de sa conférence à Wien sur l’étiologie de l’hystérie, comparant l’archéologue au psychanalyste : « Si le succès [de l’archéologue] couronne son travail, les découvertes parlent d'elles-mêmes. Les nombreuses inscriptions découvertes, qui par un heureux hasard sont bilingues, révèlent un alphabet ou une langue dont le déchiffrage ou la traduction donnent des informations inespérées sur les événements du passé. Saxa Loquuntur, Les pierres parlent ! ».


  • Freud ne s’étend pas sur l’origine de la locution Saxa Loquuntur. Mais le contexte indique clairement que ces pierres loquaces sont à considérer dans le champ épigraphique, discipline pouvant être considérée comme une spécialisation de l’archéologie. En français, l’expression « Si les murs pouvaient parler » trouble la traduction du Saxa Loquuntur de Freud. Il n’est là en aucun cas fait référence à un vestige d’architecture mis au jour par l’archéologue. Le terme Saxum en latin désigne la roche brute, le roc. Il est donc question ici d’inscriptions anciennes gravées sur une roche. À Wien, si Sigmund Freud ne s’étend pas sur l’origine de cette expression c’est probablement qu’elle appartient au substrat culturel autrichien. Elle est en effet présente à Salzburg, sur l’un des frontons du Neutor, ou Sigmundtor, le célèbre tunnel creusé dans la roche sous l’impulsion du Prince Archiprêtre Sigmund Schrattenbach. Le second fronton représentant Saint Sigmund. Cependant l’inscription exacte est « Te saxa loquuntur », « les rochers parlent de toi ». Autrement dit, on écoute la grandeur de ce prince en empruntant ce tunnel à travers la roche.

  • Il n’est donc en aucun cas ici question de texte gravé bilingue permettant de déchiffrer un système d’écriture inconnu par un autre plus familier. Peut-être est-ce par humour autrichien que Sigmund Freud fait appel à Sigmund Schrattenbach et Saint Sigmund ?… en glissant du très personnel Te saxa loquuntur au très général Saxa Loquuntur… d’un objet qui parle de soi en un dialecte régional à un objet qui parle de l’Homme en une langue universelle.

Cet humour autour du personnage de Sigmund permet de glisser (lapsus), introduire et ancrer par l’épigraphie l’analogie avec l’archéologie.



Pour en savoir plus :

Freud Sigmund, L’étiologie de l’hystérie (1896), 1- trad. J. Bissery et J. Laplanche, in Névrose, psychose et perversion, Paris, Presses Universitaires de France, 1973, 2- "Sur l’étiologie de l’hystérie" (1896), trad. coll. in Œuvres complètes, III, Paris, Presses Universitaires de France, 1989

Demoule Jean-Pierre, Les pierres et les mots : Freud et les archéologues, Tribunes, http://www.tribunes.com/tribune/alliage/52/Demoule_52.htm



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