Un Mot : Marionnette



Adam et Eve - La Comédie Divine - Théâtre des marionnettes Obraztsov, Moscou

Objet animé humain, animal, personnifié ou allégorique dont les matériaux et la mécanique suivent l’évolution technologique de la société qui la produit, virtualité numérique comprise. Jumelle parfaite du Mot, la marionnette est apte à ouvrir un univers non seulement dans les yeux de celui qui la regarde, de celui qui la lit mais également dans ceux de celui qui l’anime, de celui qui l’écrit.


Elle est donc par essence un objet animé, dotée d’âme, gouvernée par un reflet de vie. Elle peut être support de dialogue intime entre l’adulte et l’enfant, ou bien produit donnant corps au besoin émotionnel ou régénérant un être absent comme les Love Dolls japonaises. La marionnette peut encore être l’incarnation d’une des peurs sourdes d’une communauté ou celle illustrant l’espoir de celle-ci. Elle peut être didactique et ancrer une mise en gare, une idée salvatrice, un savoir penser ou un savoir être. Elle peut être encore le pot d’échappement, le colon ironique, d’une société interrogeant le chemin initié par ses conducteurs.


La marionnette couvre tout le champ menant de l’enfant, l’infans sans parole, jusqu’au supra-humain, l’homme développé au-delà de son cheminement naturel, biologique ou temporel. Elle peut être un autre Soi individuel ou communautaire, ou bien le substitut conscient ou inconscient à celui-ci. Numérique ou douée de surfaces, la marionnette est le Daemon parfait entre la machine experte et l’utilisateur dédié, entre un conte, un fait, une pensée et son public, entre le Réel d’un monde livré par la marionnette et la réalité, la perception, de son public.


C’est ce terme Daemon qui nous semble le plus adapté à la définition de la marionnette. A la fois le seuil et la porte entre plusieurs univers. Le seuil car elle est passage, comme son jumeau le Mot, la porte, car elle est matérialité. La matérialité est la raison d’être de la marionnette. C’est ici qu’elle se sépare du Mot.

Elle n’est en aucun cas du monde du Symbolique, car le symbolisme est le support d’un langage commun, un espace de rencontre entre deux mondes aux parlers différents mais désirant s’entretenir mutuellement. C’est l’histoire, le geste, porté par la marionnette qui est de l’ordre du Symbolique.


Elle appartient encore moins à l’Imaginaire, car même si elle est représentation tangible, si elle donne corps, l’imago, sa forme et son esthétique peuvent être au-delà ou en décalage absolu du trait qu’elle évoque.


La marionnette est-elle pour autant un vecteur du surréalisme ? Si l’on fait abstraction des connotations historique et politique du mouvement surréaliste. Si l’on ôte du geste créatif la dimension fondamentale du non-contrôle par la raison. Alors oui, la marionnette est moteur et aboutissement d’une forme de surréalisme dans le sens où elle donne vie et donne à voir les automatismes d’une pensée communautaire ou individuelle. Mais elle est aussi au-delà du surréalisme dans le sens où elle est apte tant à s’affranchir d’une grammaire esthétique que d’utiliser l’encodage académique et typologique pour initier ou perpétuer avec plus de force un état d’être vers un public ciblé et normé.


La marionnette est un démon…

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Crédit photographique : Fabrice LAUDRIN 2019

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