Une existence sans mort ?

Mis à jour : 28 oct. 2018


Crépuscule - Angélique Friant


J’ai eu le bonheur d’assister à la dernière de la pièce d’Angélique Friant Du sang sur mes lèvres que je conseille chaudement à tout adulte voulant régresser avec délicatesse vers ses peurs constructives enfantines. Celles tournées vers le manque ou l’absence de l’Autre.


Cette pièce coexistait avec l’installation autour de Crépuscule, une autre création d’Angélique Friant. À en écouter les visiteurs chacun s’armait comme il le pouvait face à ces personnages qui se donnaient à voir sur le seuil ultime de l’existence et de la raison. On parlait d’ambiance onirique, de souvenir de mauvais cauchemar, de naïveté (non pas d’art naïf), de « je n’en voudrais pas chez moi, mais c’est quand même intéressant. », d’un « Brr, c’est tellement réaliste, heureusement que ce sont des marionnettes. » et même de silences consensuels à travers lesquels l’adulte respectable voudrait se définir.


Le but initial, au moins celui que je percevais moi, était atteint dans chacune des réactions précédentes. A savoir, en tant qu’adulte, mettre en mouvement nos défenses narcissiques face à l’éventualité de notre propre extinction violente.

On n’évoque dans cette installation ni la disparition naturelle, ni de l’accident de vie, mais bien de celle provoquée par un tiers, programmée, ourdie, celle sauvage piétinant le raisonnable ou l’acceptable.


Contrepoint bienvenu à la pièce jouée en parallèle. Cette installation agitait les peurs déconstructives de l’adulte face au manque, à la non maîtrise ou à l’absence de Soi.


Passant au-delà de cette dualité, absence de l’Autre/absence de Soi, une question se pose : que serait un monde humain sans mort ?


  • Il n’y aurait plus la peur du noir, de la disparition des êtres aimés ou dont nous sommes dépendants. Il n’y aurait donc plus l’apprentissage des limites du Moi et du nécessaire détachement à l’Autre. Il y aurait encore moins l’apprentissage et la conscience des structures du Soi. Quel monde étouffant…

  • Le quotient Population/Ressources disponibles atteint, il n’y aurait plus de libido liée à la mécanique de la reproduction, ni aux réflexes hérités de la perpétuation de l’espèce, ni du nécessaire charme entre les individus… à moins d’être dans une dynamique de perpétuelle colonisation de ressources et d’espaces nouveaux. Quel monde égocentrique, triste sans art ni vertiges…

  • Les névroses se fixeraient majoritairement sur la question : que suis-je et que veut-on de moi ? Quel monde consensuel, sans droit à l’impertinence…

  • Et surtout… Si nous sommes limités par l’espace et les ressources, combien de vies et d’esprits, de naissances potentielles, empêcherions-nous de voir le jour ? Quel monde d’assassins en puissance…

… Sclérose en masse… et la sclérose mène à l’impotence.


Mais tout ceci a été pensé avant moi. Ce monde ressemblerait au Paradis, le lieu où, face à la divinité, le rôle de l’humain se bornerait à l’éternelle Béatitude…


Quel monde… A vous de voir…



Crépusclue - Angélique Friant

Pour en savoir plus :

Et pour relire ce texte en musique : la chanson d'Alain Bashung, Immortels



Crédit photographique : Fabrice Laudrin (fabrice.laudrin@journalist-wpa.com)

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